Source : www.lemonde.fr/ Michel Delberghe
« Les députés de la majorité relancent la polémique sur l’âge de départ à la retraite. Dans un amendement adopté à l’initiative de Denis Jacquat (UMP), dans la nuit du vendredi 31 octobre au 1er novembre lors de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), ils ont implicitement admis que les salariés pourront travailler jusqu’à l’âge de 70 ans, le nouveau seuil fixé pour bénéficier de la majoration des pensions durant cinq ans au-delà de 65 ans.
L’opposition a vivement réagi contre cette proposition qui « insidieusement repousse l’âge de la retraite », a fustigé Martine Billard (Verts) dans l’Hémicycle. Le ministre du travail, Xavier Bertrand, y voit au contraire, « une volonté de laisser les Français libres de choisir leur date de départ », sans que « les conditions soient changées. » Selon lui, l’âge minimum légal reste fixé à 60 ans pour tous les salariés, du public et du privé, s’ils ont validé 41 ans d’activité pour bénéficier d’une retraite à taux plein.
Dans son projet initial, le gouvernement avait prévu de faire sauter le seuil de la mise à la retraite d’office des salariés âgés de 65 ans, sans prévoir de durée maximale pour la majoration de pension. A la demande des entreprises qui envisageaient difficilement une prolongation indéfinie de leurs seniors, les députés ont donc fixé des limites et repoussé de cinq ans, jusqu’à 70 ans, ces autorisations de licenciement.
SYNDICATS NUANCÉS
Le seuil de départ a également été repoussé pour les personnels navigants de l’aviation civile. Les pilotes de ligne volontaires pourront rester en activité jusqu’à 65 ans, au lieu de 60 ans. Mais le texte précise que : « un seul des pilotes doit être âgé de plus de 60 ans ». Pour les hôtesses et stewards, la limite a été décalée de 55 ans à 60 ans. Dans l’attente d’une réunion de négociations prévue dès lundi 3 novembre au ministère des transports, huit syndicats d’Air France hostiles à cette mesure, ont accepté de différer leur mouvement de grève au 5 décembre.
La situation, en revanche, n’est pas totalement réglée dans la fonction publique, selon les statuts. Mais là aussi la limite de départ pourrait être repoussée, dans la majorité des cas, de 60 ans à 65 ans.
Lors du grand rendez-vous d’Europe1-Le Parisien, Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République a reconnu, dimanche, que l’âge de la retraite était remis en cause « puisqu’on recule l’âge auquel on peut liquider sa pension à taux plein », même s’il a jugé « absurde » l’existence d’un « couperet ». Les dirigeants du PS se sont engouffrés dans la brèche en demandant aussitôt le retrait de cet amendement à l’occasion du vote du PLFSS, mardi 4 novembre. « Alors que le président de la République entend remettre partout des règles pour refonder le capitalisme, la première consiste à déréguler le droit du travail », a indiqué dans un communiqué son porte-parole, Julien Dray.
Les syndicats semblent, eux, plus nuancés. Pour la CGT, cette mesure « suscite une légitime inquiétude. Elle traduit bien la réalité d’aujourd’hui : de moins en moins de salariés auront la totalité de leurs droits à 60 ans et une retraite suffisante à 65. Ils devront donc chercher à poursuivre leur travail, voire à cumuler emploi et retraite », a déclaré Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral. L’objectif justement recherché par le gouvernement.